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Crise syrienne: Moscou peut jouer un meilleur rôle
Alain Délétroz, Le Temps  
15 Mars 2012
 
 
Après avoir soutenu de son veto au Conseil de sécurité le régime du président Bachar el-Assad, Moscou a boycotté la première réunion du groupe d’amis de la Syrie, en affirmant haut et fort qu’elle ne pourrait intégrer un rassemblement informel aussi hostile au président syrien.
 
Mais la Russie n’a pas encore lancé la moindre initiative diplomatique pour aider au dénouement d’une situation qui s’envenime de semaine en semaine. Se posant comme seul ami véritable de la Syrie, elle s’est, à ce stade, limitée à soutenir Assad, malgré la gestion désastreuse du conflit par ce dernier.
 
Si on laisse la situation évoluer toute seule dans ce pays au voisinage si complexe, elle débouchera sur une guerre civile à grande échelle, dont les conséquences seraient incalculables non seulement pour la Syrie elle-même, mais pour toute la région. Moscou doit désormais s’engager et profiter de la première visite à Damas de Kofi Annan pour lancer au régime syrien un message clair sur son soutien sans faille à la mission de l’ancien secrétaire général des Nations unies.
 
La Russie a quelques bonnes raisons de se méfier des Occidentaux. D’abord, elle estime avoir été constructive en ne s’opposant pas à la résolution 1973 sur la Libye pour constater ensuite à quel point la lettre et l’esprit de cette résolution auraient été bafoués par les frappes insistantes de l’OTAN, jusqu’à la chute du régime et à l’assassinat de Kadhafi. Ensuite, elle reste persuadée que le président Assad non seulement a les moyens de se maintenir au pouvoir, mais qu’il reste la meilleure parade contre des groupes djihadistes qui menaceraient de désintégrer la Syrie. (…) Enfin, la Russie était jusqu’à dimanche en campagne électorale et «le tandem» au pouvoir devait affronter le chahut provoqué par une classe moyenne en colère, qui manifestait régulièrement à deux pas du Kremlin afin de réclamer plus de transparence et une réelle démocratisation du pouvoir… Dans ce contexte tendu, Vladimir Poutine ne voulait pas apparaître comme un mou sur la scène internationale. (…)
 
(…) Une question fondamentale demeure toutefois sans réponse: jusqu’où ira la Russie dans son soutien à un régime dont les méthodes sont la cause principale d’un approfondissement de la crise? Elles aboutissent non seulement à une profonde polarisation de la société syrienne, mais pourraient ouvrir en grand les portes du pays aux groupes terroristes que Moscou redoute. (…)
 
Moscou peut certes assez facilement se prévaloir des erreurs de l’Occident et pointer du doigt avec raison les dangers d’une approche qui consisterait, à nouveau, à prendre directement parti dans une guerre civile. (...) Mais les griefs ne forment pas encore une politique informée, capable d’offrir une alternative crédible aux propositions de la Ligue arabe et des Occidentaux. La violence des bombardements que le régime syrien a fait subir à la ville de Homs au lendemain des veto russe et chinois au Conseil de sécurité de l’ONU démontre à quel point ce soutien est interprété à Damas comme l’octroi d’une carte blanche pour réprimer brutalement.
 
Cet appui sans condition – et surtout sans initiative politique ni diplomatique de poids en parallèle qui obligerait M. Assad à faire des concessions, sur l’accès immédiat du CICR à tous les quartiers de la ville de Homs, dans un premier temps, puis, à terme, à négocier son départ – fait courir de grands risques à la fois à la Syrie, qui s’enfonce dans la crise, mais également à la présence russe dans le monde arabe. Le coût politique et économique de sa gestion inepte de la crise actuelle a rendu la chute de la maison Assad presque inéluctable. (...)
 
(...) Quid des intérêts russes dans la Syrie qui émergera de ces décombres, si le rôle de Moscou n’aura contribué qu’à offrir un soutien sans faille à ce régime en perdition? Bien sûr, une autre part importante de Syriens, particulièrement dans les services de sécurité, ont fait le choix de soutenir Assad coûte que coûte. Prendre en compte les aspirations de ces deux parties, monnayer son soutien à Assad par une négociation intense permettant de mettre sur pied un système de transition viable et pacifique représenterait un superbe défi pour les excellents diplomates russes qui connaissent ce pays en profondeur et pourraient contribuer à offrir une sortie de crise par le haut.
 
Mais pour se lancer dans un exercice de cette ampleur, la Russie doit reprendre langue avec la Turquie, la Ligue arabe et les Occidentaux. Moscou a réclamé publiquement l’arrêt des hostilités et Vladimir Poutine a émis des doutes en public sur la capacité du régime de se maintenir au pouvoir. Moscou doit désormais jeter tout son poids derrière les efforts de Kofi Annan en y détachant, par exemple, un diplomate russe de haut rang. Une impulsion politique claire doit émaner du sommet même de l’Etat. Viendra-t-elle ces jours prochains, alors que la fièvre électorale se calme à Moscou? Rien n’est moins sûr. Mais rien ne serait plus souhaitable.
 
 
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